Les goûts et les couleurs, parmi les humains, c’est chacun les siens ! Et pour nos compagnons canidés, comment cela se passe-t-il ?

Des vétérinaires nutritionnistes et autres chercheurs se sont intéressés au sujet : quels sens orientent les choix alimentaires du chien, comment se déterminent ses préférences et quelle est l’influence de son environnement et de ses expériences sur le comportement alimentaire du chien ? Vous trouverez toutes les réponses dans cet article !

Les sens déterminant l’appétence chez le chien

Chez le chien, le choix des aliments se fait avant tout selon leur palatabilité. La palatabilité de l’aliment représente ses qualités, perçues par l’odorat et le goût. Cette sélection se fait d’abord via l’odorat, ensuite le goût renforce l’attirance pour un aliment sur le moyen-long terme. En revanche, la  vision et notamment la perception des couleurs interviennent peu.

En effet, l’olfaction est bien plus développée chez le chien que chez l’homme grâce à l’allongement du museau qui permet une plus grande surface de muqueuse olfactive. Cela donne un total de 200 millions de cellules olfactives chez un berger allemand, contre 10 millions chez un homme (Briand L, van Overstraeten C. 2017.).

Des expériences (Houpt,1978) ont bien montré que l’olfaction est le sens le plus utilisé pour sélectionner les aliments. L’odeur de l’aliment conditionne la sélection et l’initiation du repas, mais il doit y avoir une compatibilité odeur/goût pour maintenir une préférence à long terme pour un aliment.

L’odorat permet de distinguer des caractères mineurs d’un aliment comme le type de viande (animal d’origine), puis le goût permet une analyse de la composition. La perception de cette composition se fait via les papilles fongiformes et papilles circumvallées, l’information est ensuite transmise au cerveau par des nerfs faciaux.

En ce qui concerne le goût, les chiens sont capables de distinguer les goûts sucrés, salés, acides et amers, comme les humains. On trouve 4 groupes différents d’unités sensorielles du goût, correspondant à différents types de récepteurs au niveau des papilles. Chaque groupe d’unités sensorielles est sensible à des molécules particulières qui donnent une saveur spécifique à l’aliment. Le groupe A est prépondérant, il est sensible aux acides aminés et à certains sucres ainsi qu’aux  chlorures de sodium et de potassium. Le groupe B est sensible aux acides et le groupe C aux nucléotides di et tri phosphates  (présents dans les acides nucléiques : ADN et ARN), ce groupe est présent uniquement chez les espèces qui consomment principalement de la viande, dont le chien. Le groupe D permet la détection de certaines substances comme les furanes et le méthylmaltol (contaminants chimiques qui se forment naturellement pendant le traitement thermique des aliments, notamment la cuisson).

L’odorat et le goût sont des sens déterminants dans le choix de ses aliments.

Les préférences alimentaires du chien

Concernant l’odeur et le goût des viandes, les chiens préfèrent généralement le bœuf, puis le porc, puis l’agneau et enfin le poulet. (Diard N. 2012.). Cependant, cet ordre reflète une statistique générale et peut donc varier individuellement d’un chien à l’autre.

Un chien préfère généralement les aliments humides (cf article sur l’alimentation humideaux aliments secs mais il apprécie les aliments secs réhydratés (croquettes avec de l’eau), contrairement au chat.

Chez le chien, il existe parfois des différences de préférences alimentaires entre individus de races différentes. Par exemple, les labradors et les cavaliers king charles sont particulièrement peu sélectifs dans leurs choix de nourriture.

Pour les croquettes, la taille a également une influence, les grands chiens auront par exemple une préférence pour des grandes croquettes, adaptées à la taille de leur mâchoire (Lefebvre S. 2020.).

Influence de l’apprentissage lors du sevrage sur les goûts du chien

L’apprentissage du goût et des comportements alimentaires chez le chiot est conditionné par la mère dans la nature, et par l’éleveur pour les chiots nés en élevage. Il a même été montré que l’exposition intra-utérine influence les préférences ultérieures du chiot (Doty, 1986).

Il existe deux principaux mécanismes de mise en place des préférences :

  • La néophobie : elle est due à une “fixation du goût” qui apparaît lorsque l’on présente un nombre limité d’aliments aux chiots lors de la période qui suit le sevrage. Au terme de ce conditionnement, les animaux n’acceptent quasiment plus que les aliments présentés lors de cette période.
  • La néophilie : elle est basée sur le fait que les chiens seront plus attirés par les aliments présentant un goût nouveau. Elle concerne les chiots nourris avec un aliment unique composé de divers ingrédients pendant les semaines suivant le sevrage et qui sont ensuite attirés, plus tard, par les aliments nouveaux, quelle que soit leur palatabilité. Si on nourrit un chien avec un seul et même type d’aliment, on diminue donc sa palatabilité, c’est-à-dire sa sensibilité au goût et à l’odeur face à un nouvel aliment.

On peut donc souligner l’importance de l’éducation alimentaire au moment du sevrage car il est ensuite plus difficile d’inculquer de nouvelles habitudes alimentaires au chien, c’est une période sensible.

La nouveauté et la palatabilité d’un aliment sont donc des facteurs majeurs dans le contrôle du choix des aliments. Cependant les chiens peuvent tout à fait supporter un régime monotone, s’il est bien équilibré.

Rôle des expériences individuelles, de la mémoire

Le chien aura tendance à éviter un aliment quand celui-ci est associé à une expérience préalablement désagréable. C’est notamment le cas pour un aliment contenant des toxines pouvant provoquer des troubles gastro-intestinaux, ou un aliment qui a été ingéré lorsque l’animal était malade. Plus longtemps le chien a été confronté à un toxique, plus longtemps il se souviendra de cette mauvaise expérience et donc rejettera l’aliment toxique. (cf Diard. N. 2012.)

Un aliment qui aura rendu un chien malade n’aura plus sa préférence….

Des chercheurs ont montré qu’il existerait une prédisposition naturelle des mammifères à associer le goût des aliments et leurs effets post-ingestifs (Diard. N. 2012.).

Un autre phénomène intéressant est celui des faims spécifiques : c’est lorsqu’un animal sélectionne un aliment, non pas pour ses qualités organoleptiques mais pour ses qualités nutritionnelles, dans le but de maintenir l’homéostasie nutritionnelle en cas de carence. On observe notamment des faims spécifiques pour les minéraux. Cela peut se manifester par le léchage de certains éléments ou la prise de boisson dans certaines sources d’eau (on observe par exemple certains chiens boire dans des piscines traitées au sel de magnésium).

Influence de l’environnement

Pour finir, le cadre du repas a un rôle indirect sur l’appétence de la ration du chien. Tout inconfort ou changement d’habitude tenant à la hiérarchie, à l’éclairage, aux bruits, aux odeurs, à l’absence du maître ou à la présence de personnes étrangères est susceptible de provoquer un refus de l’aliment.

Par ailleurs, la présence de congénères renforce le comportement alimentaire par phénomène de facilitation sociale. Beaucoup de chiens refusent leur ration en l’absence du maître. Dans la logique de cela, on observe une augmentation de la prise alimentaire des chiots lorsqu’ils sont nourris en groupe.

L’absence de son maître peut lui couper l’appétit…

Pour conclure, l’appétence chez le chien est gouvernée avant tout par ses sens, à commencer par l’odorat puis le goût. On observe ensuite des préférences alimentaires liées à la période de sevrage du chiot qui représente une période charnière dans l’éducation alimentaire du chien et influe ses préférences sur le long terme ! Pour nourrir votre chien, vous pouvez donc vous fier à ses préférences (propres à chaque animal) tout en veillant à l’équilibre et à la valeur nutritionnelle de sa ration !

Auteure : Claire Marchand, étudiante vétérinaire à Oniris, école nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation

SOURCES :

  • Lefebvre S. Bases de la nutrition du chien et du chat. Doctorat. France. 2020. hal-02863426
  • Diard N. Le comportement alimentaire du chien et du chat : synthèse bibliographique et étude expérimentale de l’influence des phéromones sur l’ingère volontaire et le bien-être comportemental des animaux hospitalisés à l’ENVT. Toulouse : ENVT. 2012. https://oatao.univ-toulouse.fr/5921/1/diard_5921.pdf

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