En résumé :

1 – Le chat sélectionne son alimentation grâce à ses sens :

  • – L’odorat du chat
  • – Le goût chez le chat
  • – L’importance de la texture et de la température pour le chat

2 – Le chat est influencé par la composition et la fraîcheur de l’aliment

  • – Un aliment riche en protéines
  • – Un aliment frais

3 – Les préférences alimentaires générales du chat

  • – Un aliment préparé plutôt qu’une proie
  • – Le poisson en premier lieu
  • – L’onctuosité sans se salir les moustaches
  • – La température ambiante

4 – L’apprentissage du chaton auprès de sa mère

5 – Néophilie et néophobie : influence des expériences individuelles

C’est bien connu : les chats sont de fins gourmets qui peuvent parfois s’avérer difficiles à nourrir pour leurs propriétaires… Voici un passage en revue des éléments qui vous aideront à mieux comprendre comment se mettent en place les préférences alimentaires de votre matou !

1 – Le chat sélectionne son alimentation grâce à ses sens

Les chats sont très sensibles aux caractéristiques physico-chimiques des aliments.

Aujourd’hui, on connaît de mieux en mieux les relations entre les caractéristiques intrinsèques d’un aliment et son appétence chez le chat grâce à de nombreuses recherches effectuées via des tests comportementaux, des tests moléculaires, etc.

Si l’on fait un bilan des connaissances sur ce sujet à l’heure actuelle, une grande conclusion s’impose : le chat choisit finement son alimentation.

L’odorat du chat

Dans le processus de sélection de votre chat, le premier sens à intervenir est son odorat extrêmement développé (d’où la tendance du chat à longuement flairer un aliment avant de le consommer). Cette reconnaissance olfactive exceptionnelle de l’aliment explique pourquoi les affections de la muqueuse nasale (comme le coryza) peuvent provoquer de l’anorexie : un chat qui n’a plus d’odorat peut ne plus vouloir manger.

Le goût chez le chat

Et qu’en est-il du goût ? L’acceptabilité des aliments en est peu tributaire chez le chat qui possède, en effet, un faible nombre de papilles gustatives (473 contre 1700 chez le chien). De plus, en tant que carnivore, il ne garde l’aliment en bouche qu’un bref instant avant de l’avaler. Néanmoins, le chat perçoit les goûts salés, acides, amers et umami et ne perçoit pas le goût sucré. Cette particularité est due a une mutation au niveau d’un récepteur que l’on retrouve chez d’autres félins comme le tigre et le guépard (notre article à ce sujet).

Le deuxième sens à intervenir sera le goût. Le chat donnera quelques coups de langue à l’aliment avant de décider s’il le consommera. Parmi les saveurs détectées, le chat affectionne particulièrement le goût umami qui est une véritable « signature » de la présence d’acides aminés (dans les protéines). Le chat est également attiré par « le goût du gras », qui assure un apport calorique important en peu de volume.

L’importance de la texture et de la température pour le chat

Enfin, la consistance de l’aliment influence grandement son appétence. Ce paramètre est largement étudié par l’industrie de la petfood qui propose une grande variété de textures et de formes aux aliments secs et humides.

La température de l’aliment est également perçue par le chat et joue un rôle sur son appétence.

Jeune chat reniflant des croquettes.

2 – Le chat est influencé par la composition et la fraîcheur de l’aliment

Un aliment riche en protéines

De nombreuses études montrent que les prédateurs sont capables de réguler leurs apports en certains nutriments, notamment les protéines et les lipides (cf phénomène de faim spécifique expliqué dans l’article sur l’appétence chez le chien). Une étude visant à déterminer précisément les préférences alimentaires du chat (Hewson-Hughes, 2011), a montré une tendance à privilégier un aliment dont 52% d’énergie était apportée par les protéines, 37% d’énergie par les lipides et 13% d’énergie par les glucides. Convertie en % sur matière sèche, cette composition correspondrait à : 65% de protéines, 19% de lipides et 16% de glucides (en utilisant l’équation d’Atwater modifiée).

Dans l’ensemble les chats sont également attirés par la présence de certains acides aminés présents en abondance dans les muscles (notamment alanine, proline, lysine, histidine et leucine).

L’étude montre également que le chat se limite à une certaine quantité de glucides ingérés, à raison de 3g/jour. Si l’aliment ne comporte pas assez de protéines, le chat ne pourra pas ingérer suffisamment de protéines pour couvrir son besoin.

Le chat évite les saveurs dérivées de plantes (par exemple l’acide glutamique et les triglycérides à chaîne moyenne). Notamment lors de l’ingestion d’une proie, le chat évite de consommer les viscères contenant des résidus de végétaux. Cependant, certains chats présentent un attrait pour des substances végétales telles que la cataire, la valériane (qui a un pouvoir relaxant sur le chat), la menthe, ou encore certains légumes (potimarron, olive, melon…).

Un aliment frais

En tant que prédateur carnivore strict, le chat préfère consommer une proie fraîchement tuée que de la charogne. Ce principe de fraîcheur s’applique également aux aliments industriels : il n’est pas rare de voir un chat bouder ses croquettes car cela fait trop longtemps qu’elles sont au contact de l’air. Les lipides à la surface des croquettes s’oxydant au contact de l’air. C’est pourquoi il faut suivre les recommandations du fabricant concernant leur conservation (paquet fermé dont l’air a été chassé, placé en endroit sec, à température ambiante et à l’abri de la lumière) afin d’éviter une oxydation des graisses ou le développement de germes altérant les qualités nutritives (dégradation des protéines et acides aminés) et organoleptiques.

Chat aux polis longs attrapant de la viande fraîche.

3 – Les préférences alimentaires générales du chat

Un aliment préparé plutôt qu’une proie

Chez le chat, on observe globalement une préférence pour la nourriture commerciale préparée à leur attention plutôt que pour les proies (souris) mortes ou vivantes. Ce qui pourrait l’expliquer, c’est la palatibilité renforcée des aliments commerciaux étudiés pour plaire au chat. Cette plus faible appétence des chats pour les proies chassées face aux aliments commerciaux explique notamment pourquoi tant de chats ramènent à leurs propriétaires des proies mortes et ne les consomment jamais !

Le poisson en premier lieu

En termes de type de chair animale, les chats affectionnent particulièrement le poisson et notamment le saumon frais qu’ils préfèrent même à l’alimentation commerciale le plus souvent.

L’onctuosité sans se salir les moustaches

Concernant la texture, les chats préfèrent globalement les morceaux faciles à saisir sans se salir les moustaches et les présentations humides onctueuses (caractéristiques de la présence de graisses). Ils choisissent donc spontanément un aliment humide (boîte, pochons ou viande) plutôt qu’un aliment sec, à moins que ce dernier ne constitue sa ration habituelle depuis son plus jeune âge.

La température ambiante

Du côté de la température, les chats préfèrent les aliments à température ambiante ou proche de la température corporelle, soit entre 20 et 35°C. Ces températures facilitent en effet la volatilisation des composés aromatiques et s’approchent de la température des proies. Au-delà de 35°C, les acides gras s’altèrent et l’aliment perd en appétence. De même, un aliment tout droit sorti du réfrigérateur présentera une moindre appétence pour un chat non habitué.

Chat adulte salivant devant une assiette de poisson frais.

4 – L’apprentissage du chaton auprès de sa mère

Influence de l’alimentation de la mère

La mise en place des préférences alimentaires commence in utero, avant la naissance du chaton, et se poursuit au-delà du sevrage. Après le sevrage, le chaton reconnaît et s’oriente préférentiellement vers l’aliment consommé par sa mère pendant la gestation et l’allaitement. La mère joue donc un rôle majeur dans la mise en place des préférences alimentaires du chaton, dont l’essentiel se met en place avant l’âge de 2 mois. Les chatons imitent en détail le comportement de leur mère : ils préfèrent manger dans la même gamelle qu’elle et acceptent plus facilement de manger un nouvel aliment en sa présence. L’apprentissage auprès de la mère entraîne un rejet des aliments potentiellement dangereux ou déplaisants et pousse le chaton à rechercher des aliments appétents et nutritionnellement riches.

Les préférences évoluent avec l’apprentissage

Néanmoins, si la mère laisse une véritable « empreinte alimentaire » chez les chatons, les préférences acquises ne sont pas figées : elles évoluent au cours de la vie de l’animal selon les nouvelles expériences alimentaires et les apprentissages.

Notons par ailleurs que le comportement alimentaire se modifie beaucoup moins avec l’âge chez le chat que chez le chien, « l’empreinte maternelle » est donc très forte chez nos amis félins.

Trois chatons nouveau-nés qui tètent leur mère

5 – Néophilie et néophobie : influence des expériences individuelles

Face à un nouvel aliment, un animal peut être attiré par la nouveauté (néophilie) ou être repoussé par la nouveauté (néophobie).

Le chat est plutôt néophile

Le chat manifeste le plus souvent un comportement alimentaire néophilique : il préfère un nouvel aliment face à un aliment connu, ce qui peut néanmoins disparaître si l’ancien aliment à une meilleure palatabilité. Cette tendance est fréquente chez les carnivores, qui chassent des proies vivantes généralement en bonne santé et n’ayant pas de caractère de toxicité, contrairement aux herbivores qui sont fondamentalement néophobes en raison de la potentielle toxicité de nombreuses espèces végétales.

L’accès à l’extérieur développe la néophilie

Par ailleurs, la néophilie est plus souvent rencontrée chez les chats ayant la possibilité de sortir, en raison d’une plus grande diversité d’expériences olfactives en milieu extérieur. Néanmoins, en vieillissant les habitudes alimentaires du chat s’affirment et ils sont de moins en moins intéressés par les nouveaux aliments : une néophobie s’installe. Ce phénomène est plus fréquent chez les chats qui ne sortent pas, ou lorsque les conditions de distribution de l’aliment sont stressantes. La néophobie peut également s’installer précocement si le chaton a été exposé à un unique type d’aliment (Garot C., 2019).

La néophobie est liée aux expériences négatives

Cette aversion pour certains aliments apparaît notamment lorsque leur consommation a été associée à une expérience négative physique ou émotionnelle, souvent suite à des désordres gastro-intestinaux induits par des maladies ou des traitements. Cette néophobie représente une réponse adaptative : le chat évite les aliments qui « lui veulent du mal » et optimise donc son état de santé : malin !

Chat adulte à la robe tigrée et au nez court boudant une cuillère contant un aliment humide de type pâtée.

Pour conclure, votre félin préféré est une fine bouche car c’est un carnivore strict aux préférences bien définies en fonction de ses goûts, innés ou acquis par expérience. Les différents points qui ont été abordés sont importants à prendre en compte lorsque l’on souhaite nourrir un chat avec un nouvel aliment. Il convient de le proposer à côté de sa nourriture habituelle, tous les jours pendant trois jours de suite (produit frais à chaque fois) afin de lui laisser le temps de s’y intéresser. S’il s’agit d’un produit humide, il est possible d’étaler un peu de pâtée sur les pattes avant du chat afin qu’il le lèche et se familiarise à cet aliment.

Auteures : Claire Marchand, étudiante vétérinaire à Oniris, école nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation, et Lucie Leclerc de Pattes Blanches Nutrition.

Références :

• Briand L, van Overstraeten C. Le goût des animaux : enjeu d’appétence en petfood. 2017.hal-02918746. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02918746/

• Yaguiyan-Colliard L. Diététique en uro-néphrologies. 2011.

https://www.researchgate.net/profile/Laurence-Yaguiyan-Colliard/publication/280413206_Dietetique_en_uro-nephrologie/links/55b4928e08ae092e9653bc66/Dietetique-en-uro-nephrologie.pdf

• Labie D. Goût, alimentation et gènes (brèves). 2012.

https://www.medecinesciences.org/fr/?option=com_content&view=article&id=346&catid=14

• Humphrey B, Tedo G, Klasing K, Roura E.  Caractérisation des polypeptides récepteurs umami porcins (pT1r1 et pT1r3). 2009.

• http://journees-recherche-porcine.com/texte/2009/alim/pal15.pdf

• Houpt K, Smith S. Taste preferences and their relation to obesity in dogs and cats. 1981.https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1789883/pdf/canvetj00293-0009.pdf

• Garot C. Nouvelles tendances nutritionnelles chez le chat : élaborations d’un guide sur les différents types de rations. 2019. https://www.cattus.fr/docs/raw-feeding/2019lyon119.pdf

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