Parmi les races connues pour être prédisposées au surpoids : Labradors, Golden retrievers, Beagles, Cocker Spaniel, certains labradors présentent une particularité qui contribue à leur propension à devenir trop gras. Une mutation génétique qui empêche la régulation de l’appétit. Cette mutation se retrouve particulièrement chez les chiens d’assistance.


Qu’entend-on par prédisposition au surpoids ? ⚖️

Le labrador est connu pour présenter un risque accru de surpoids parmi les races de chien existantes.
L’estimation de la prévalence du surpoids chez les chiens en France en 2006 était de près de 39%, dont 5% de chiens obèses. Un des facteurs de risque identifiés est l’appartenance aux races de type retriever. Les autres facteurs sont le fait que votre chien soit une femelle, la stérilisation et le vieillissement.
Il semblerait que les races de type retriever et plus particulièrement le labrador et le retriever à poils plats soient concernées par une mutation qui les empêcheraient d’être rassasiés.

Une mutation ? De quoi parle-t-on ? 🧬

Une mutation, c’est un changement de l’ADN. Cet évènement peut se produire de plusieurs façons : par addition, substitution ou délétion.

Dans le cas d’un addition, c’est fragment d’ADN qui s’ajoute à un gène. Dans le cas d’une substitution, un fragment d’ADN en remplace un autre d’une même longueur.
Pour finir, une mutation par délétion, c’est ce qui se produit lorsqu’un gène a perdu un petit fragment d’ADN. Perdre des bouts d’ADN ou en gagner ça arrive souvent aux gènes et la plupart du temps ce phénomène ne gène pas la production des protéines dont ils sont les modèles.
Seulement parfois ça tombe au mauvais endroit. Le bout d’ADN manquant ne permet plus de produire correctement la protéine.

C’est ce type de mutation qui se produit sur sur la gène codant pour la protéine POMC (pro-opiomelanocortin). La transcription de ce gène en protéine est perturbée, or la protéine POMC est un précurseur pour les protéines β-MSH et β-Endorphine : POMC est découpée en β-MSH et β-Endorphine. Ces deux neuropeptides (protéines sécrétées par les neurones) participant à l’apparition de la satiété après un repas ne peuvent plus être correctement produites. Sans ces signaux, le cerveau ne peut plus indiquer que le corps a récolté assez d’énergie et qu’il est rassasié : il est temps d’arrêter de manger (pour l’instant).

“Et c’est ainsi que le cookie s’émiette” 🍖

Sans signal pour s’arrêter de manger, le labrador s’en donne à cœur joie et mange tant qu’il peut ! Si le poilu ne dépense pas l’énergie tirée de son alimentation, il va la stocker sous forme de graisses et grossir.
Les chercheurs ont ainsi mis en évidence que cette mutation était associée avec une plus grande motivation alimentaire, un poids et une adiposité plus élevés.
D’après l’étude de 2016, la présence de cette mutation serait responsable d’un surpoids de 2 kg en moyenne si seulement une version du gène (un allèle) présente la mutation, ou de 4 kg en moyenne si le chien est homozygote et possède les deux allèles mutées.

Parmi les espèces testées (38 dans l’étude suédoise [1] et 4 races sujettes au surpoids dans l’étude polonaise [2]), la mutation du gène codant pour la protéine POMC n’a été retrouvée que chez les labradors et chez les retrievers à poils plats parmi les races testées.

Les chiens d’assistance sont particulièrement concernés par cette mutation 🦮

Si le fait d’être en surpoids peut nuire au bien-être de notre boule de poils, il est toutefois notable que cette mutation procure un avantage éducatif certain : plus la motivation alimentaire est élevée, plus il sera facile d’éduquer le poilu avec des friandises. C’est donc assez logiquement que la plus grande proportion de labradors présentant cette mutation se trouve parmi les chiens d’assistance dans le panel testé.
Dans la population des Labradors de compagnie, seuls 22% sont porteurs de la mutation ; alors que parmi les Labrador d’assistance, 76% en sont porteurs !

Comment savoir si mon chien est en surpoids ? 🧐

Une définition communément admise est qu’un chien est obèse si son poids excède de 15% son poids idéal. Cependant, le poids idéal est difficile à estimer précisément. Il existe plusieurs méthodes :

  • D’après le standard de la race si le chien entre dans la courbe de croissance du standard. C’est la méthode la moins précise.
  • Le score d’état corporel. En estimant la note d’état corporel selon le tableau 1 ci-dessous, il est possible d’en déduire le surpoids associé et le pourcentage de masse grasse.

Pour évaluer la note d’état corporel, votre chien doit se tenir debout. Vous pouvez ainsi comparer sa silhouette avec les dessins du tableau.
Ensuite, passez les mains de la nuque jusqu’à la queue en passant sur la cage thoracique sans appuyer.

Note d’état corporel /9SilhouetteDescription
5Silhouette de chien illustrant une note d état corporel de 5/9Côtes palpables sans excès de couverture graisseuse.
Taille et creux abdominal présents.
0% de surpoids. 15 – 25% masse grasse.
6Côtes palpables avec un léger excès de graisse de couverture.
Taille discernable vue du dessus mais pas proéminente.
Creux abdominal encore visible.
10 – 20%de surpoids. 20 – 35% de masse grasse
7Silhouette de chien illustrant une note d état corporel de 7/9Côtes difficilement palpables.
Dépôt graisseux sur les lombes et à la base de la queue.
Creux abdominal parfois présent mais taille absente.
20 – 30% surpoids. 30 – 40% de masse grasse
8Côtes pas palpables et abdomen pouvant être arrondi.
Dépôt graisseux important sur les lombes et à la base de la queue.
Ni creux abdominal, ni taille marquée.
30 – 40% surpoids. 35 – 45% de masse grasse
9Silhouette de chien illustrant une note d état corporel de 9/9Dépôt graisseux très important sur le thorax, les lombes et à la base de la queue.
Distension abdominale.
40% + surpoids. 45% + de masse grasse.
Tableau 1, Notes d’état corporel pour un chien adulte et les silhouettes et descriptifs correspondantes

Beaucoup de chiens et de chats stérilisés vivant en appartement sont sujet au surpoids. Tant que celui-ci est modéré (note de 6/9), cela n’impactera pas sa santé, c’est juste une chien un peu grassouillet que l’on a tendance à trouver plus mignon !
A 7/9, il est préférable de contrôler la ration quotidienne et de la réduire légèrement, de réduire voire supprimer les à-côtés ou encore de faire plus de sport avec votre compagnon.
A partir de 8/9, des effets secondaires, appelés co-morbidités dans le jargon vétérinaire et des chercheurs, peuvent commencer à se manifester et être à terme dommageables pour le bien-être de votre chien. Un petit régime s’impose. 😉

Avez-vous réussi à déterminer la note d’état corporel de votre poilu ?

Cet article vous a intéressé ? N’hésitez pas à nous partager vos retours afin d’améliorer nos contenus !

Lucie ~ Pattes Blanches Nutrition

Références :

  1. Raffan E., et al., A Deletion in the Canine POMC Gene Is Associated with Weight and Appetite in Obesity-Prone Labrador Retriever Dogs. Cell Metabolism, 23, pp 893-900, 2016.
  2. Mankowska M., et al., Confirmation that a deletion in the POMC gene is associated with body weight of Labrador Retriever dogs. Research in Veterinary Science, 2017
  3. Colliard L., et al., Risk Factors for Obesity in Dogs in France, American Society for Nutrition. J. Nutr. 136: 1951S–1954S, 2006
  4. Blanckaert C., Obésité chez le chien : une approche globale. Bulletin de la société vétérinaire pratique de France. n°4. tome 93. pp7-11. 2009